Et qu'est-ce que j'en pense ?

LE LABYRINTHE DU SILENCE

( Le labyrinthe du silence – Giulio Ricciarelli )

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=224215.html

Je profite d’un peu de temps libre pour vous mettre à jour sur mes dernières séances : La tête haute, Lost River, La loi du marché…. Le cinéma (grâce à Cannes ?) est dernièrement rempli de longs métrages qui me donnent l’eau à la bouche. Néanmoins, maintenant, j’aimerai vous parler du Labyrinthe du silence, de l’allemand Giulio Ricciarelli. Ce film est très simple, je pourrais presque dire académique. L’on remarque très rapidement que le réalisateur ne propose pas une mise en scène originale, les plans sont très basiques, mais c’est sûrement pour ramener le propos à l’histoire uniquement. En effet, ce film raconte l’histoire vraie (d’une certaine manière, comme un biopic arrangé ?) du procès de Francfort de ses premières enquêtes à son ouverture. L’on suit durant tout ce film la vision d’un très jeune procureur très attaché aux idées de justice et d’égalité de tous auprès de la loi.

 

Par ailleurs, le film s’ouvre avec une scène de procès mineur, sur l’affaire d’une jeune demoiselle ayant conduit, si je me souviens bien, en excès de vitesse. Le personnage principal y est présenté comme quelqu’un de strict : alors que l’on imaginait qu’il allait réduire l’amende comme la jeune femme le demandais (parce qu’elle n’avait pas assez d’argent sur elle), il ne lui fait aucune réduction. L’on voit alors cet homme comme une personne assez froide, avec assez peu de sentiment, et définitivement pas « parfait », comme aurait pu l’être un héros lambda. Cette relation assez froide que l’on met en place avec le personnage principal évolue au fil du film, ce que j’apprécie assez. Dans un premier temps, l’on le voit uniquement comme un homme juste, presque obsédé même par ses idées justicières et assez carré dans son propos (il ne pleure même pas lorsque les victimes d’Auschwitz témoignent de l’horreur de leur incarcération), mais petit à petit on entre dans ses failles, jusqu’au point final ou – sans vous dévoiler la fin – il semble être tombé au plus bas de lui-même.

 

Bref, je reviens à l’histoire. Pour ceux qui ne le savent pas, le procès de Francfort est le procès où les nazis allemands ayant « travaillé » à Auschwitz. C’est un tournant de l’histoire allemande très importante. En effet, ce procès marquait le début de la pénalisation en Allemagne des crimes de guerre réalisés par les allemands eux-mêmes. De mon point de vue de spectateur français, ce film est alors très intéressant : je ne connaissais pas ces mémoires de la guerre, celles du côté allemand. J’ai trouvé intéressant ce témoignage d’une Allemagne qui essaie de se souvenir de sa propre histoire (et donc, de c’extirper de ce labyrinthe du silence – celui dans lequel il faut faire attention « de ne pas se perdre », comme conseillait le procureur en chef à Johann, le personnage principal. J’ai été assez intéressée aussi lorsque tout tourne dans la confusion : qui est un bourreau, qui est une victime ? Sans trop vous spoiler, des personnages attachants se dévoilent en fait comme des anciens nazis, des héros d’enfance, des amis, des personnages en qui Johann avait du respect etc… Ce qui mène à faire réfléchir : qu’est-ce qui était la brutalité et l’horreur, qui étaient les « méchants », pourquoi ? Si ce sont des réponses auxquelles nous apprenons les réponses maintenant en cours, voir Johann essayer de les comprendre est assez touchant est fort.

 

Par ailleurs, dès le début, l’on nous apprend que les camps d’exterminations étaient inconnus pour les jeunes allemands. Le nom « Auschwitz » est apparenté à un camp de travail quand il n’est pas inconnu. De ce fait, l’on ignore l’horreur et l’on ne comprend (enfin, plutôt, les personnages que le spectateur) pas pourquoi il faudrait faire un procès contre une personne ayant fait son service de soldat allemand là-bas. Il y a alors une sorte de tournant lorsque Johann apprend la vérité (non pas sans mal, il n’y avait même pas de document sur cet évènement dans les bibliothèques). Nous avons alors à la fois un décalage significatif entre son ignorance et notre connaissance : nous pouvons être choqués, étonnés, et en même temps une certaine cohésion avec le personnage : d’une certaine manière, nous découvrons la réalité avec lui.

 

J’ai trouvé intéressant de voir dans un premier temps les anciens nazis comme des personnes tout à fait normales : l’homme boulanger, qui offre un pain à une jeune fille, un autre professeur et finalement le médecin (dont Johann est obsédé) qui est décrit comme affreusement sympathique. L’on rappelle que le plus horrible dans cette période de l’histoire est la banalité du mal. Mais, vers la fin du film, cette vision très polissée des nazis est effacée par une série de plans fixes sur le visage des bourreaux arrêtés. Ces plans fixes donnent une impression (peut-être inconsciente) de regarder les personnes dans les yeux et d’en ressentir une certaine crainte ou du moins, un certain dégoût.

 

Je finirai finalement en pointant du doigt une scène (qui s’est répétée deux fois), que j’ai vraiment peu aimé : celle du rêve de Johann, où il suit le docteur Mengele. Il dévoile certes l’obsession du personnage pour le bourreau, mais je ne trouve pas qu’elle était nécessaire. D’abord, c’est un plan facile, voir cliché : le décor avec les pots remplis d’organes, sombre, bref, une image que l’on a vu des centaines de fois. Puis, je pense qu’il y a un vrai manque d’originalité qui cette fois, pèse en mal pour le film, dans le choix de cette scène. Le rêve est une façon très très simple de montrer une obsession, surtout que l’on avait déjà remarqué celle-ci à travers d’autres indices : il en parle beaucoup, a sa photo au-dessus de son lit, abandonne des enquêtes pour le trouver etc… Donc des scènes vraiment de trop, pour moi.

 

Ce film est donc un film assez touchant, qui ne part pourtant jamais dans un gros flot de sentiment, ce qui est assez agréable. Il remplit bien son « job », qui est de raconter et de mettre en images la vie des procureurs en charge de l’affaire et de les surélever à l’état de héros. Néanmoins peut être que l’académisme donne un côté un peu froid au film et donne l’impression au visionneur d’être plus spectateur que participant du film. En fait, je me suis régulièrement ressentie à l’extérieur du long-métrage, alors que j’ai régulièrement l’envie de me faire engloutir par le film que je regarde.

 

25 mai, 2015 à 12 h 09 min | Commentaires (0) | Permalien


THE AVENGERS : L’ERE D’ULTRON

THE AVENGERS, L’ERE D’ULTRON – Joss Whedon

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(http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=198488.html)

 

Avec les vacances et le bac qui approchent à trop grands pas, je n’ai pas eu le temps de me poser et d’écrire mes billets d’humeurs. Pourtant j’ai tellement d’expériences de films vus dernièrement que j’aimerai partager avec vous ! Je vais essayer de de rédiger un peu dès que j’ai du temps libre.

Mais ce n’est pas le plus important dans cet article. Aujourd’hui, j’ai enfin pu aller voir dans la grande salle noire : « The Avengers, l’ère d’Ultron ». J’aime beaucoup les films produits par Marvel, les super héros me fascinent, et les voir réunis me fait simplement frissonner de plaisir ! C’est toujours un pur bonheur. J’avais vraiment aimé le premier volet, même si je ne me souviens plus de tous les détails, alors j’étais impatiente de voir la suite. Je ne regarde pas ce genre de film dans le but de me prendre une claque mentale mais pour me divertir et surtout, en avoir plein les mirettes : c’était vraiment, vraiment réussi. J’adore voir jusqu’où la post-production peut aller de nos jours. Je ne voyais pas du tout les effets, durant le film, je veux dire, je savais que ce n’était pas de la magie, que la plupart des images étaient rajoutées après le tournage, néanmoins, c’est tellement fluide que je pouvais imaginer que la caméra avait tout tourné comme tel. J’ai été vraiment époustouflée par les textures, celles des robots, celle du cyborg. Même l’énergie provenant des pouvoirs magiques des êtres humains améliorés me plaisait, alors que j’ai tendance à trouver les fluides colorés et lumineux parasites au regard. Peut-être que c’est parce que c’est Marvel, mais j’ai vraiment adoré le visuel. Et quel film d’action ! Je veux dire, il y en a dans tous les sens, sans jamais pour autant nous perdre. Il y a toujours des éléments qui nous ramènent aux personnages, un traitement de l’image si précis, que l’on s’y retrouve toujours. Il y a une impression de vitesse, de force, de puissance vraiment naturelle, presque palpable.

 Je ne suis pas allée voir le film en 3D (et maintenant, je le regrette un peu), néanmoins j’imagine qu’avec elle, l’impression que j’ai eu de rentrer dans cet univers absolument irréel doit être multipliée par cent. La musique était également en écho avec le reste du propos et accentuait l’impression héroïque que l’on avait en regardant les Avengers se battre, mais c’est quelque chose de très récurrent dans ce genre de film d’action, mais bon, ça marche ! Je n’ai pas beaucoup plus observé les détails techniques, en fait, je ne me suis pas penchée sur les différents points de vue, et j’ai vraiment voulu profiter de ce film dans le moment, comme une grande enfant. Non pas que l’aspect de réalisation ne me plaise pas, mais parce que je voulais vraiment ressentir le film globalement et être perdu dans l’univers. Je suppose qu’il me faudrait le révisionnel lorsqu’il sortira en matérialisé pour pouvoir mieux en observer les choix. Alors, je m’arrête là pour tout ce qui est de mon ressenti au niveau des techniques (et notamment des impressionnants choix visuels), pour me tourner vers le scénario ou du moins, vers l’histoire.

En fait, l’histoire est assez simple et s’inscrit dans la lignée des autres films de super héros, je la trouve même un peu moins pertinente que celle du premier volet, qui s’axait sur une sorte de mythologie qui me touchait beaucoup plus. En fait, l’histoire commence avec l’attaque du groupe sur une base ennemi, les Avengers gagnent, trouvent le sceptre de Loki (le méchant du premier volet), et partent gagnants de leur mission originale. Néanmoins, Stark (Iron Man joué par Rober Downey Jr.) veut profiter du pouvoir du sceptre pour créer une intelligence artificielle. Celle-ci va se retourner contre lui et avoir comme projet de détruire le monde. Les Avengers essaient de l’arrêter, ils gagnent, fin. C’est un schéma assez simple, et je l’ai vraiment édulcoré dans ce très court résumé. Mais je ne voulais pas voir ce film pour une histoire différente, enfin, je veux dire, ça aurait pu être toujours mieux, mais j’aime bien ce schéma avec les films de super héros. En fait, il permet au spectateur d’être avec les personnages, de se sentir aussi héroïques qu’eux, et aussi de créer des images (avec l’acier etc…) absolument magnifiques. Je pense qu’en fait, l’histoire simple crée une sorte d’équilibre avec le visuel très dense. Par ailleurs, les questions de l’intelligence artificielle sont très importantes dans le cinéma actuel (comme nous l’avons vu avec Her ou encore Chappie). C’est une autre réponse que le réalisateur donne à cette idée : l’intelligence artificielle ne comprend pas le monde comme les humains, et voient les Avengers comme la barrière pour la paix : mais pour la paix des êtres vivants, il faut tuer la race humaine, qui n’apporte que la guerre. C’est un peu pessimiste, mais c’est compréhensible, surtout que l’intelligence artificielle n’a pas tous ses sentiments à cause du bug du système, lui donnant une sorte de bipolarité. Alors qu’il semble calme et désolé dans un premier temps quand il  blesse les hommes, il suffit qu’un d’eux parle des Avengers pour le rendre dans une rage monstre.

Et puis, il y a une réflexion sur la monstruosité et sur l’héroïsme. Plusieurs fois, les Avengers répètent qu’ils sont des monstres, ils font des erreurs, ils ne sont pas parfaits, et c’est comme ça que nous avons la possibilité de nous identifier à eux. Ils sont humains, ou alors sont des dieux au caractère humain. On les aime parce qu’ils ne sont pas parfaits, et parce que l’on peut se moquer d’eux, les détester, mais qu’ils trouvent toujours des solutions. C’est pour ça que je pense que c’est un film pour les enfants (enfin les grands enfants aussi !). Il accepte nos différences, nos erreurs, il montre que personne ne peut être parfait, mais qu’il faut apprendre de ces erreurs et de ces différences pour les cultiver et en faire de jolies choses. Et c’est peut-être un message vraiment à l’eau de rose, mais il me touche, il me plaît. Et puis, c’est assez subtil, et fait avec humour. Ce que j’aime très particulièrement dans les Avengers, et moins quand ils sont seuls, c’est qu’il y a sans cesse des blagues qu’ils se font entre eux, des petites phrases ou des actions qui nous font rire ou sourire. Ce n’est pas moralisateur, ni non plus héroïque au point d’en être froid, c’est amusant.

Pour finir, j’aimerai parler de deux choses assez brièvement. D’abord, des placements de produits. Comme la plupart des spectateurs, je n’aime pas ça, et je trouve que les scènes avec des placements de produits trop visibles sont vraiment des scènes désagréable et qui peuvent me sortir du film (parce que je me concentre sur eux, et en même temps, c’est le but). Evidemment, pour payer toute cette claque visuelle, ce film a des placements de produits, néanmoins, je trouve qu’ils sont plutôt discrets tout le long du film et ne m’ont dérangé que durant les dernières scènes. En fait, Black Widow (la magnifique Scarlett) est d’abord sur Skype avec son amie et juste ensuite son patron lui montre une carte sur une magnifique palette Samsung. En fait, ces deux scènes n’ont aucun sens dans l’intrigue, et auraient bien pu ne pas exister. Néanmoins, je pardonne ça au film, parce que ce sont deux petites scènes à la fin de l’histoire. Ensuite, les acteurs, je ne vais pas en parler très longuement parce que j’ai peu de choses à dire sur eux, mais je trouve qu’ils sont tous très bien dirigés et qu’ils sont vraiment devenus les images des héros, au point que j’ai du mal à me préparer au prochain volume de cette saga, parce que la plupart des héros seront remplacés par des nouveaux (même si l’on en connaît déjà certains).

Je conclus alors, ce film était vraiment un très bon divertissement, les images sont époustouflantes, et j’en suis sortie il y a 40 minutes et j’en ai toujours des étoiles et des images plein les yeux. Néanmoins, je pense que c’est un film qui ne se regarde qu’au cinéma, ou alors que dans des conditions proches, parce que ce qui importe n’est pas l’histoire mais bien l’image, et ce qu’elle transmet de fort et d’héroïque. Je ne fais pas l’apologie de ce genre, mais je pense que regarder des films de divertissement tels font du bien parfois, et nous permette de nous émerveiller, comme un petit enfant.

30 avril, 2015 à 20 h 29 min | Commentaires (0) | Permalien


LE COCHON DE GAZA

LE COCHON DE GAZA  - Sylvain Estibal

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=187194.html

Ce soir, j’ai regardé « Le cochon de Gaza », qui était passé il y a peu de temps sur arte et que l’on avait enregistré à l’occasion. J’avais eu un peu de réticences à voir ce film, parce que ce conflit est très compliqué, et que j’avais peur d’avoir un film très mélodramatique, mais j’ai été vraiment agréablement surprise. Ce film est d’une beauté !

Le personnage joué par Sasson Gabai est un pêcheur musulman et miséreux qui vit à Gaza. Un jour, il attrape dans ses filets un porc. D’abord effrayé par ce cochon, à cause de sa religion qui lui interdit tout contact avec, il va tenter de s’en débarrasser par tous les moyens. Mais, invendable, il l’utilise finalement pour faire du commerce avec une jeune femme juive. Il va cacher ce trafic jusqu’à qu’un enfant le voit et, innocemment et sans aucune mauvaise pensée, le dénonce aux autorités locales. Le pêcheur est alors enrôlé de force dans son djihâd et doit faire un attentat explosif contre la communauté dans laquelle vit la femme avec laquelle il fait du commerce.

C’est une histoire triste : la vie de cet homme est mauvaise, et il enchaîne problèmes après problèmes, sans jamais les avoir demandés. Mais ces situations sont extrêmement drôles, et c’est en ça que je trouve que ce film est une pépite. Quoi qu’il lui arrive, il trouve toujours une solution pour en découdre. Par exemple à un moment du film, il doit transporter le porc jusqu’à la colonie juive. Il ne sait comment s’y prendre et finalement se retrouve à construire une charrette avec des déchets de machine à laver. Une autre fois, un policier lui demande de payer le péage pour passer la route jusque la colonie et avale le sperme de cochon que le pêcheur présentait comme un médicament pour les rhumatismes, etc… Je le raconte sûrement très mal, mais c’est un humour très fin, finement dosé, qui joue avec l’innocence du personnage. Parce que là est toute la tragédie (en plus de la situation qu’est la situation actuelle en Palestine) : l’homme n’a jamais rien fait, jamais rien demandé, il ne déteste pas particulièrement les juifs, il veut juste être un bon mari, un bon pêcheur, une bonne personne ; mais le contexte le lui empêche simplement. Sa vie ressemble à un méli-mélo de n’importe quoi, incontrôlable, sans cesse en mouvement et tendu, absurde : comme l’image que le réalisateur veut nous donner du conflit.

Et il le communique très bien, l’on voit tous les extrémismes religieux, toute la bêtise des deux camps, par exemple lorsque les troupes armées d’Israël viennent à parler aux troupes palestiniennes au sujet du porc en chasse, et que l’on se rend compte que leur conversation n’est que choses insensées où chacun prend l’autre pour un imbécile, alors que les deux le sont. Les policiers, l’ami du pêcheur, les islamistes intégristes, et même les habitants : ils sont tous en fait des antipersonnages que l’on vient à trouver ridicules. J’ai particulièrement aimé la scène ou le pêcheur rencontre un enfant, alors qu’il essaie de fuir un intégriste qui veut le tuer, parce qu’il n’est pas mort dans son attentat-suicide, qui lui dit vouloir devenir comme lui, un martyr. On palpe là toute l’absurdité : lui, il n’a jamais voulu être martyr, il ne voulait pas mourir, sa famille ne voulait pas le voir mourir, mais pourtant, il aspire les autres personnes à le vouloir. Naturellement, et encore une fois d’une manière très drôle, il lui répond simplement par une claque, qui exprime toute sa révolte contre ce qu’il subit. C’est le seul moment où on le voit vraiment se lever contre ce système qu’il subit : j’ai trouvé ce geste assez fort, parce qu’il symbolise le fait qu’il se brise totalement de ce monde extrémiste, qui de toute façon, n’a jamais été bon pour lui.

J’ai également beaucoup apprécié la fin du film, ou plutôt, son ouverture. On voit le pêcheur et sa femme ainsi que la jeune éleveuse de cochon et un garçon juif fuir cette terre qui ne veut plus d’eux, et prendre le large en barque. Ils se disputent sur le bateau pour une blague stupide, et derrière, une voix-off dit que cette nuit (donc la nuit où ils voguent sur l’eau), ressemble à leur futur. D’une certaine manière, l’on peut l’imaginer comme une évocation de ce qui se passe encore réellement : d’un conflit qui continue sans cesse, alors qu’il est absurde. Mais ensuite, ils se réveillent tous les 4 sur la terre, devant un homme asiatique, auquel ils offrent une branche d’olivier. L’olivier étant un symbole de paix, ils offrent en fait la paix à cette personne. Celui-ci (qui est en fait un bénévole de la croix rouge), les emmène dans un village, où l’on retrouve les musulmans et les juifs ensembles, comme réunis dans une nouvelle terre. Je pense sincèrement que c’est un fantasme des quatre. Dans le bateau, j’imagine qu’ils sont morts ou qu’ils sont très mal en point, et que cette nouvelle terre est en fait leur paradis, ce qu’ils voulaient voir de leur vivant, ce qui les rend heureux : la paix et l’amour entre les deux peuples.

Il  y a régulièrement des symboles qui renvoient à ces notions de paix et d’amour. Tout d’abord, le grand olivier de la femme du pêcheur. Comme je l’ai dit plus haut, l’olivier est un symbole de paix. La femme y tenait beaucoup, mais on avait appris plus tôt que s’il y avait un conflit entre le village musulman et la colonie juive, l’arbre serait coupé. Et en effet, un enfant musulman a été tué (on ne sait pas vraiment dans quelles circonstances, mais il jetait régulièrement des pierres sur le mur séparant les deux terres), et l’arbre a été coupé. Ce symbole de paix, pourtant grand et majestueux a été simplement brisé : et c’est à ce moment où la guerre entre la colonie et le village a été vraiment proclamée, annonçant alors la suite, et l’attentat suicide.

Mais il y a également un autre symbole : le feuilleton télévisé brésilien. Il y illustre l’histoire d’un couple qui s’est disputé et qui n’arrive pas à se réconcilier. Ils ne font que se disputer, encore et encore. Un des militaires qui vivent sur le toit de la maison du pêcheur vient régulièrement voir le feuilleton avec la femme. Par leurs discussions, on peut clairement voir la femme et l’homme comme des personnifications, à la fois du couple que font la femme et son pêcheur, mais surtout, d’Israël et de la Palestine. En effet, les deux se battent sans cesse, alors qu’ils ne sont en fait à la base qu’un couple. Finalement, le soldat va dire à la femme comment se finit le feuilleton : le couple se réconcilie, observant l’absurdité de leurs disputes, et il demande pourquoi ce ne serait pas identique pour eux. La fin du feuilleton prépare alors à la fin du film et à ce paradis de paix. J’aime vraiment beaucoup ces symboliques.

L’image est également très belle : elle semble d’abord très brute, comme les matériaux qui la constituent, comme la terre, comme la vie que le pêcheur mène. Mais en fait, elle est très belle, très délicate, et dévoile une palette de couleur qui varie en fonction du sentiment du personnage. Quand il est heureux, c’est chaude et lumineux ; quand il sent le danger, la palette est sombre et grise. J’aime beaucoup ce procédé qui nous met directement dans la tête du personnage principal et qui nous permet de voir le monde de la même façon que lui, avec une même candeur.

Pour conclure, c’est un film que j’ai trouvé très abouti, et très fort, qui sert parfaitement son propos. Je ne veux pas prendre parti ici sur ce conflit religieux, et je ne pense pas non plus que ce soit le but du réalisateur. Il n’y a pas de gentille religion, ni de méchante, simplement de l’absurdité. L’on voit tout le long du film l’absurdité même du conflit, et les rouages qui l’entraînent à ne jamais se terminer, que dans un fantasme, qui peut-être pourrait être une réalité ?

LE PLUS : Le jeu des acteurs est simplement merveilleux : l’on ressent toute la complexité du conflit, toute la douleur, de la candeur, mais aussi des mimiques attachantes et un humour franc. Les acteurs ont réussi à rendre leurs personnages vraiment réalistes, mais aussi humains, et vrais. C’est vraiment le point le plus important, pour moi, dans ce film. Toutes les émotions qu’ils dégagent sont tellement vraies, que l’on ne peut qu’être intimement touché, même si nous ne sommes ni musulman, ni juif.

LE MOINS : Je ne sais pas vraiment que lui reprocher, parce que j’ai vraiment beaucoup apprécié ce film, que j’ai pensé très abouti. Alors je laisse cette partie, pour une fois, absolument vite d’arguments.

12 avril, 2015 à 23 h 07 min | Commentaires (0) | Permalien


UNE VIE MEILLEURE

UNE VIE MEILLEURE ( Cédric Kahn ) – film de 2012

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(http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=187890.html)

Ce soir, avec ma famille, je décide d’observer le film de Kahn, dont ma prof de philo m’avait conseillé le visionnage. L’on me l’avait vendu comme un drame présentant un couple devant faire difficilement faire face à la froideur des institutions. Je me suis trouvée devant un film long, au scénario improbable, et qui m’a fait ressentir qu’une certaine incompréhension face aux personnages.

Sincèrement, je n’ai pas du tout aimé ce film, et je pense qu’il y a un problème principal à ça : le scénario. Il n’a absolument aucun sens. Enfin, si, il pouvait être assez intéressant au début, mais très rapidement, il part en sucette et valse dans des situations de plus en plus impossibles et incohérentes ! C’est l’histoire d’un jeune couple, qui fou d’amour, trouve une maison abandonnée et décident de l’acheter pour en faire un restaurant. Mais ils n’ont pas un rond et mentent à la banque pour avoir le prêt afin de faire les aménagements. Mais ils n’ont plus l’argent pour mettre en route le restaurant et là s’enchaînent problèmes sur problèmes. Yann, le jeune homme, se retrouve finalement avec l’enfant sans père de Nadia, la jeune femme, qui part au canada pendant normalement un mois ( puis finalement huit ), sans plus donner de nouvelles. C’est alors un ramassis de scènes étranges, de comportements plus idiots les uns que les autres. Je ne sais pas si ce film veut finalement exprimer le fait que lorsqu’on commence avec une mauvaise décision on ne fait qu’en prendre tout le long de sa vie ? Néanmoins, je n’ai ressenti aucune pitié pour aucun des personnages, ou peut-être seulement le gosse, qui n’a rien demandé à personne, et qui se retrouve assez fréquemment dans des conditions de vies déplorables.

D’ailleurs, il lui arrive de louper l’école etc… mais il n’y a pas de services sociaux ni rien qui semblent s’inquiéter de lui. Il y a une scène où l’assistante sociale dit faire un dossier pour donner l’enfant aux services sociaux, mais il n’y a pas de suite à celle-ci, cette affaire est totalement oubliée, comme si la scène n’était finalement là pour faire COMME SI, ils avaient voulu donner de la cohérence. Parce que LA il n’y a AUCUNE cohérence. J’ai noté une autre invraisemblance ( bon, peut-être que j’en demande un peu trop ? ), mais Yann dit régulièrement à l’enfant qu’il ne peut pas payer quoi que ce soit ( pas même un taxi ), mais pourtant, il lui offre une place dans un bateau pour pêcher en mer ( et en tant que bretonne d’origine, je suis bien placée pour savoir que la pêche en mer, c’est pas donné ! ). Je suis peut-être un peu violente avec le scénario, mais vraiment, l’on vient à discuter pour comprendre le lien entre les scènes, pour savoir pourquoi les personnages font ça, etc…etc… Effectivement, je me plains régulièrement des films moralistes qui nous donnent des leçons de vie, mais là, j’ai l’impression simplement qu’on nous dit que d’être dans la merde et de prendre des mauvaises décisions c’est pas grave. Que de prendre un gosse pour l’emmener dans les pires squats ( ou l’abandonner totalement ), ne pas l’emmener à l’école, c’est pas important. Qu’au final, on peut tromper les banques, avoir 90 000 euros de dettes, et que pourtant, tout ce qu’on a fait est bien. Alors certes, oui : je suis pas moralisatrice avec les personnes dans ce cas de figure, mais je ne peux simplement pas m’accrocher aux personnages. Pourtant, ils sont présentés comme devant inspirer la pitié ( il y a un très grand nombre de gros plans qui nous donne les émotions des personnages ), mais je n’arrive simplement pas à excuser toutes leurs conneries. Ce sont des personnes qui font tout à l’envers, qui ne réfléchissent jamais à ce qu’ils font, même après une première bêtise, et qui se plaignent presque de leur condition. Mais mince ! Ce n’est même pas la froideur des institutions : c’est simplement la bêtise des personnages.

Mais je m’égare, et c’est une critique très personnelle, à l’égard de ce genre de personnages. Alors je vais me recentrer sur des détails plus techniques. Tout d’abord, les coupes temporelles : je constate dans le film ( peut-être simplement pour un effet pratique ), il y a de nombreux sauts dans le temps. Néanmoins, ils ne sont pas indiqués ( genre, il n’y a pas de dates en bas du cadre ), et si l’idée de faire différent pouvait être agréable, le manque de repère plonge en fait le spectateur dans une vraie incompréhension du propos. Je pense que c’est cette absence de repères qui joue beaucoup sur ma déception du scénario. En effet, beaucoup de ces sentiments d’incompréhension se jouent sur l’impression que tous les éléments se chevauchent, ce qui est sans doute l’effet voulu – pour exprimer une sorte de fatalité de tous les problèmes qui tombent sur le couple, mais du coup, que tout est trop rapide pour être normal. Pour donner un exemple, le couple tombe amoureux en une journée, et puis juste après, il nous semble qu’ils font leur premier achat ensemble, et juste après encore, ça se casse la figure. Puis on nous apprend que plus de 3 ans s’était écoulé, en fait, entre l’achat et le début des problèmes. Je ne sais pas si je m’exprime bien, mais cette volonté de déstabiliser le spectateur joue vraiment en défaveur du propos. Je pense que les scènes aussi sont très longues et parfois, donne une impression de lassitude au film, mais je suppose que je les ai ressenti comme ça parce que je n’arrivais pas à entrer dans le drame et je ne pouvais pas vivre les sentiments des personnages, parce que je ne m’y identifiais absolument pas.

Pour en finir avec mes critiques acerbes, j’aimerai parler de la scène finale. L’on y voit Yann et l’enfant sur un traîneau qui voguent sur la glace dans un plan englobant tout le paysage blanc. Il est très énigmatique et en fait, nous donne aucune vraie information : est-ce qu’ils restent au canada ? Qu’est ce qui se passe pour la mère ? Ils n’ont pas de visa, eux, alors qu’est-ce qui va se passer ? Je pense que cette scène voulait marquer le bonheur des protagonistes de s’être retrouvés, et la possibilité d’un avenir plus beau et radieux, loin de la peur et des dettes et des erreurs…. néanmoins il donne l’impression que le réalisateur ne savait pas vraiment comment terminer son film, et qu’il a utilisé une image assez banale et facile pour clôturer son œuvre dans un mystère facile, qui  » résout tout ».

Après, tout n’est pas à mettre au feu dans cette production, loin de là. J’aime beaucoup les trois acteurs principaux ( notamment Guillaume Canet, même si je ne pense pas que ce soit son plus beau rôle, ni sa plus belle performance et que je le préfère comme réalisateur que comme acteur ), les images sont vraiment jolies, et les gros plans sont d’une plasticité que je ne peux pas nier. Mais je pense, que le gros soucis du film est définitivement son scénario, et que s’il avait été remanié avec un peu plus de sens, moins de drama grotesque, et peut-être justement en imaginant les deux amants comme victimes d’un système ( parce que je pense que la banque et ses défauts peut être très largement traitée pour ce genre de drama, sans partir dans un grotesque fou ) et non pas comme de simples imbéciles, le film aurait pu être un véritable moment de plaisir.

En bref, je ne le recommande pas particulièrement, et je pense que c’est un film que je ne reverrai pas une seconde fois.

LES PLUS : L’image, est définitivement une très belle image.

LE MOINS : Le scénario. Sans hésitation.

3 avril, 2015 à 23 h 06 min | Commentaires (0) | Permalien


UN HOMME IDEAL

Un homme idéal ( Yann Gozlan )

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=227602.html
 

J’ai profité du printemps du cinéma pour aller voir ce film, qui me faisait vraiment de l’œil depuis la sortie de la bande annonce. L’univers sombre et fort qu’elle dégageait m’avait vraiment intriguée, et en sortant de la séance, je n’ai pas été déçue du tout. C’est un film vraiment sensible, et troublant, duquel on ne peut définitivement pas sortir insensible, et qui nous donne un sorte de goût de souffrance au palais.

Ce film illustre la vie d’un jeune auteur, qui a volé l’histoire d’un homme décédé, ayant rédigé ses mémoires de la guerre d’Algérie. Ce livre a un énorme succès et le jeune homme est victime d’une vie magnifique : un succès monstre, une petite-amie magnifique et riche, une demande toujours plus forte de la sortie de son second roman, après 3 ans d’avances de la part de son éditeur. Mais ce bonheur n’est qu’une illusion qui illustre justement l’effet entonnoir de la peur et de la douleur : sa vie est rédigée sur un énorme mensonge, qui se traîne dans une multitude de petits autres. Il ment sans cesse à son entourage : à son beau-père, à son éditeur, à sa fiancée, et à chaque fois, l’on constate leur crédulité face à notre connaissance de la vérité. La vie de l’auteur tourne sans arrêt dans un vrai cercle vicieux : il dit un mensonge, qui en entraîne un plus grave, puis un pire etc… au point qu’il ne puisse plus gérer sa propre vie et qu’il est contraint à un sincère désespoir, contagieux.

Ne le nions pas, le gros point positif du film, c’est l’acteur principal : Pierre Niney, anciennement de la comédie française. C’est un acteur que je trouve vraiment très doué. Il a un talent monstre pour communiquer les sentiments. Je constate qu’il interprète à la perfection les rôles d’artistes un peu perdus dans leur existence et dans leur succès (et j’espère que ce n’est pas des sortes d’autobiographies).  Étonnement, les scènes où il m’a le plus marqué ce sont les nombreux gros plans fixes, où il observe le spectateur à travers la caméra : son regard transperce littéralement, il est tellement expressif et tellement bon que, par ce simple regard, on comprend absolument toute la détresse du personnage, et combien il s’enfonce dans cette détresse au fur et à mesure de l’histoire. Ces scènes sont vraiment très fréquentes et assez longues, ce qui permet à la fois de vraiment lier le spectateur au personnage, et d’instaurer une relation de confiance, mais aussi de faire monter la tension.

En effet, c’est un film avec une tension vraiment très marquées. C’est marqué par deux éléments particulièrement. Tout d’abord, la bande son est assez discrète, il y a peu de scènes avec un son musical, et la plupart du temps, il n’y a qu’un fond sonore ou un silence assez trouble. De plus, il n’y a pas un montage très rapide, les plans sont longs et l’on reste longtemps dans des paysages à la fois déserts et vastes. Cette impression d’infinité et de silence me semble nous perdre encore plus, et nous enfonce toujours dans le cerveau du personnage, qui est confronté à une page blanche et un stress abominables. Par ailleurs, alors qu’il écrit son dernier roman, et qu’il a trouvé l’inspiration, l’on observe un montage beaucoup plus rapide et dynamique, qui communique de son propre enthousiasme et qui donne l’impression que tout va mieux dans le meilleur des mondes.

Il y a un grand nombre de scènes qui m’ont marquées, certaines sont très symboliques, d’autres plus violentes. Je vais m’arrêter sur quatre différentes. Tout d’abord, je ne m’attendais pas à une telle violence à la fin du long métrage, alors que Mathieu, l’auteur, vient s’écraser contre un rocher, avec la BMW de son beau-père, entraînant avec lui la mort de la personne qui lui faisait du chantage et qui connaissait la vérité sur la rédaction de son premier roman. D’une certaine manière, je savais qu’il allait l’écraser, parce que la scène faisait écho à deux autres précédentes, néanmoins, le noir, l’explosion, les images rapides, et le bruit sourd, tout ça n’a pas pu m’empêcher d’un petit sursaut. Mais cette violence était pour moi nécessaire. C’était la fin de la brutalité et le coup qui terminait cette vie de mensonges. Ou qui justement l’enfonçait dans son plus gros mensonge : faire croire à sa mort, en profitant du corps de l’autre homme, brûlé dans l’accident.

Parce que l’auteur, une fois l’accident terminé, et l’homme mort, met feu à la BMW de son beau-père. Et c’est une scène très symbolique que j’ai vraiment appréciée. Je pense qu’elle peut sembler assez simple, mais elle était efficace dans son propos. En brûlant la voiture, Mathieu marque une séparation entre le bonheur d’une richesse illusoire pour retourner à une vie misérable et cachée. La voiture, c’est toute sa réussite sociale, quand elle part en cendre, c’est sa propre vie qui disparaît.

Encore avec les voitures (décidément…), il y a une scène où Mathieu met en scène son propre vol de voiture, dans les bois. Alors qu’il est dans la voiture, il semble enfermé : le cadre le met au centre, écrasé par le capot, les vitres et le parebrise. C’est comme dans son esprit : il ne peut plus en sortir, il ne peut plus faire demi-tour, pour s’en sortir, il ne peut plus rien faire que de mentir encore plus. Cette scène marque un tournant dans sa vie. C’est quand il sort des petits mensonges pour ceux qui vont à l’encontre de la loi et dont plusieurs autres vont suivre. Quand il se frappe contre les vitres, c’est exactement ce qui s’annonce à lui : cette violence, dont il ne voulait pas à la base, va devenir son seul échappatoire.

Et finalement, la dernière scène, qui en fait n’en est pas vraiment une mais deux.  Le personnage rencontre à un moment le cadavre d’un oiseau qui se fait dévorer alors qu’il va jeter le corps de l’ami de sa fiancée, qu’il a tué, dans une précipitation dont même lui n’avait pas anticipé. Cette fois, l’oiseau a la panse ouverte et dévorée, mort tout comme le cadavre qu’il prend dans ses mains. Plus tard dans le film, il revient à ce même endroit, beaucoup plus heureux, et ses démons ont tous disparus. Et alors, il rencontre de nouveau cet oiseau, la panse ouverte tout pareil : rien n’a changé, et le cadavre n’a pas disparu. C’est alors là que l’on comprend que le corps de l’homme qu’il a tué et noyé n’a pas non plus disparu.

Je précise que ce sont des analyses tout à fait personnelles, et que si je les ai comprise de cette manière, elles ne sont pas véridiques et je ne peux pas donner ma main à couper que ce sont les intentions premières du réalisateur que de communiquer ceci. Néanmoins, cette liberté d’interprétation m’a beaucoup plu,  l’on ne prend pas le spectateur pour un imbécile : l’on lui donne des indices et c’est à lui de les mettre ensemble pour reconstituer le puzzle. De ce fait, l’on ne traîne pas sur des explications qui peuvent briser le poétisme du film.

En somme, c’est un très bon film, qui s’axe sur toute la psychologie d’un personnage. Les silences, les regards, les images magnifiquement cadrées et la « photo » sublime participent tous à la création de ce long métrage bouleversant, troublant, et très sensible. C’est ce genre de cinéma que l’on dit souvent comme élitiste, mais qui je suppose, est beaucoup plus facile d’accès que l’on n’ose le dire. Ce n’est pas parce qu’il y a peu de dialogues et beaucoup de silences, que le spectateur ne peut pas ressentir et comprendre les émotions. Et pourtant, qu’est-ce que le cinéma si ce n’est une moyen d’offrir et de communiquer de sentiments  forts, et de découvrir ceux que l’on n’oserait jamais ressentir ?

24 mars, 2015 à 19 h 45 min | Commentaires (0) | Permalien


LOU! JOURNAL INFIME

Lou ! Journal infime (Julien neel – qui est aussi l’auteur de la BD)

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 (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=223062.html)

Lorsqu’il était sorti, j’avais vraiment voulu aller voir ce film au cinéma, néanmoins, il n’était pas resté longtemps dans les salles de mon petit cineville et j’ai dû attendre de pouvoir le louer par la suite: il ne m’a pas du tout déçu. En fait, j’avais vu quelques critiques auparavant sur ce long métrage, je m’attendais donc à cet univers, mais la surprise n’en était pourtant pas gâchée. J’ai grandi avec la BD dont en est tiré le film, et c’est alors assez naturellement que je suis retournée en enfance, dans les problèmes mineurs qu’elle comportait. Comme beaucoup de petites filles à cet âge, je m’étais vraiment reconnue dans la personnalité de la petite Lou, et ma relation avec le personnage est restée aussi forte avec le film.

Ce n’est pas une histoire très compliquée. En fait, il s’agit d’une petite fille (Lou), qui raconte l’histoire de son enfance, de comment elle grandit, de ses problèmes et de ses questionnements sur l’amour, l’amitié et la famille. Le film est particulièrement axé sur la relation qu’elle a avec sa mère, que je considère comme un personnage tout aussi important que Lou, elle-même. En fait, l’histoire est très fidèle à celle de la BD, mais je ne peux nier la pertinence de son remaniement. La série de BD est assez longue (je ne me souviens plus exactement le nombre de tomes, mais je suppose qu’il y en a une petite dizaine), et ce film se centre sur les premiers, lorsque Lou commence à se confronter à son adolescence. J’ai retrouvé dans ce film des scènes que j’avais particulièrement appréciées et qui m’avaient pour la plupart marquées (comme la « rupture » entre les deux amies, ou l’apparition de la grand-mère de Lou).

Ce moment du film est d’ailleurs celui que je trouve le plus intéressant : c’est celui qui tourne totalement la situation des personnages, qui secoue le scénario qui donne de la puissance aux personnages, qui enfin explosent et montrent tout leur potentiel. Bref, j’ai trouvé que chaque dialogue (dans tout le film, mais plus particulièrement dans cette partie), étaient vraiment parfaits, tout juste calculés et exprimés, je veux dire, l’on aurait pas pu faire passer un sentiment différemment. C’est mon ressenti général sur le film : les répliques ont souvent des dimensions fortes, intelligentes, puissantes et poétiques.

La poésie est d’ailleurs le grand point fort de ce film. C’est un cinéma français qui se réinvente et qui se donne totalement à la créativité. Tout le film est tourné dans des décors irréels, magiques, détaillés… Il y a pleins d’éléments dans chaque lieu que l’on ne voit pas en un premier visionnage : les maquettistes ont vraiment fait un travail minutieux, précis, et j’imagine passionnant. On peut vraiment palper toute leur inventivité à travers ce film. C’est un avis que je partage aussi pour les costumes et l’élaboration des personnages, qui à la fois ressemblent à ceux de la BD et à la fois ont une dimension encore plus créative et plus poétique.

C’est un film qui ne manque pourtant pas d’humour. Certes, c’est parfois un humour un peu potache qui se calque sur des caricatures (comme le personnage de Marie-Emilie, qui représente une adolescente qui se révolte contre un peu tout et n’importe quoi), mais il est inclus dans un univers tellement merveilleux qu’il y entre vraiment bien. Alors, ces stéréotypes deviennent simplement des éléments humoristiques du rêve et ne donnent aucun sentiment de lourdeur.

 Il y a également un univers graphique très intéressant et diversifié. Il y a à la fois des images numériques, d’autres tournées à la VHS (les films des deux amies), des photos (durant le générique), de l’animation à la sauce japonaise (pour illustrer le roman de la mère de Lou), des dessins plus traditionnels, des scènes au décor et à l’ambiance absolument improbables (comme celle du laser gamme, avec un décor minimaliste réalisé de formes géants ), et d’autres beaucoup plus « normales » (comme celle où Lou se promène dans la nature, au cours des dernières scènes).

En bref, c’est un film pour enfant qui n’est pas inintéressant pour les adultes.  Je ne pense pas qu’il puisse vraiment mener à une grande réflexion philosophique, ni une histoire au scénario complexe et mystérieux, mais elle a un réel intérêt créatif. Le rêve est omniprésent, et au final, tout le monde se retrouve et s’identifie aux personnages de Lou! Journal infime, qui sont à la fois très simples et uniques.

LE PETIT PLUS : J’ai vraiment adoré le générique de fin, qui se caractérise de plusieurs scènes qui se passeraient après le film, et qui nous montre comment les personnages grandissent. En effet, la bande dessinée montre l’évolution de Lou jusqu’à la toute fin de son adolescence et le film ne se passe que dans une durée de moins d’un an (enfin, j’imagine). De ce fait, ce générique apporte un véritable plus à l’amateur de la BD originelle.

LE PETIT MOINS : Même si j’ai apprécié globalement les personnages, j’ai trouvé que certains n’étaient pas vraiment utiles à l’histoire, notamment les deux skateurs amis de Tristan (le garçon dont Lou est folle amoureuse), et que faire l’impasse sur eux n’auraient pas été négatif.

22 mars, 2015 à 17 h 41 min | Commentaires (0) | Permalien


V FOR VENDETTA

V for Vendetta de James McTeige

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(http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=58911.html)

Il va être assez difficile pour moi de faire une critique constructive – ou du moins, avec une partie négative – sur ce film, tant j’ai été époustouflée. Après le visionnage, j’ai vraiment eu l’impression de m’être pris une grosse baffe ! Un certain nombre de scènes sont très fortes en émotion. Celle qui m’a le plus touchée est celle où le personnage féminin principal, Evey (jouée par Natalie Portman), est enfermé dans une prison et est torturée. Elle y trouve un bout de papier où il est écrit l’histoire d’une femme qui avait croupi dans la cellule avant elle. C’est à la fois l’histoire troublante de cette femme et le fait qu’Evey se raccroche à la réalité par ce petit bout de papier pour ne pas perdre ses esprits et son courage qui m’ont touché. J’ai trouvé le message vraiment puissant, et les images le rendent bien.

J’ai été tellement porté par ce film que j’ai oublié de m’attarder sur la réalisation même des scènes. Néanmoins, j’ai essayé de me souvenir de quelques éléments que j’ai trouvés particulièrement intéressants (néanmoins, ce n’est qu’un échantillon). Tout d’abord, les éléments de quelques décors m’a intéressé. S’ils semblent assez basiques : ce ne sont que des maisons et appartements pour la plupart – je trouve que la présence sacralisée des objets est intéressante. En fait, dans ce régime politique, l’art est banalisé et les œuvres interdites. Alors, il y a deux personnages qui gardent les objets dans des lieux cachés : V et Gordon. L’on vient alors à nous poser des questions sur les objets qui sont maintenant pour nous des lieux communs : nous sommes certains que l’art restera dans le temps, dans les musées, et tout le monde n’y porte (malheureusement ?) pas une grande attention. Mais si les œuvres venaient à disparaitre, quelle serait nous, notre réaction à ça ?

Les dialogues sont vraiment très marquants, il y a une grande quantité de punchlines maîtrisées où chaque mot compte. Tout le scénario est d’ailleurs bien construit. Le film traduit d’une ambiance sombre qui ne manque pourtant pas d’humour, de force et de poésie : elle passe par tellement de sentiments que l’on ne peut nier la dimension très sensible de l’œuvre.  Je trouve qu’il diffère beaucoup des autres réalisations, j’ai presque l’impression que ce film est unique. Je remarque tout de même un certain écho (si ce n’est une référence ?) au film et libre « 1984 » qui abordait également une critique d’une révolution politique. Néanmoins, V pour Vendetta est un film beaucoup plus abordable et beaucoup moins « perché » que l’est « 1984 », que j’avais pourtant vraiment apprécié.

McTeige a vraiment bien dirigé ses acteurs, ils sont tous très bons et leur jeu est pertinent. Comme dans un roman d’apprentissage, ils traduisent parfaitement des évolutions des personnages. C’est d’autant plus flagrant pour les deux personnages principaux : quand V apprend l’amour (et qu’il devient plus sensible et moins égoiste), Evey apprend à vivre sans la peur. Alors, il nous semble nous-même apprendre quelque chose et évoluer. Nous nous posons des questions sur nos personnes, sur les médias, sur notre crédulité, sur notre possibilité à nous révolter etc… Par ailleurs, j’ai vraiment apprécié comment le personnage du président a été abordé. L’on ne le voit presque jamais en vrai, mais toujours à travers des écrans ou des images d’archives. Derrière ces deux médiums, il apparait comme beaucoup plus grand, fort et puissant qu’il ne l’est en fait vraiment : et c’est justement l’écran qui lui donne cette puissance et cette froideur sur son peuple (est-ce un écho à Big Brother ?). L’on ne le voit que dans la scène où V le tue. Il est en fait tout  petit, tout faible, et sa mort est rapide et presque anecdotique. Pourtant, c’était l’homme qui effrayait tout le monde et faisait régner la terreur : le pouvoir serait alors faible, et fabulerait sur sa propre puissance.

La symbolique du masque est très pertinente, en fait, V n’est pas un vrai homme, mais il est la personnification même de la révolution. Ce n’est pas un personnage dont on peut retirer un caractère, ni un visage, il ne se représente que sous un visuel que tout le monde portera le jour de la révolution. De ce fait, il n’est pas unique, mais il et tout le monde : notre père, notre frère, nous-mêmes… Ce que dit la botaniste au sujet de la personne m’a particulièrement frappé. C’est un homme qui n’a pas d’œil (alors il n’est pas vraiment humain), mais qui regarde (donc qui peut juger). Je trouve ce masque donc très important et vraiment très fort en signification. Si fort qu’il a été repris ensuite par les Anonymous, un groupe internet qui visent à se révolter par l’internet.

Ce film parle de notre futur proche, mais aussi de notre présent : combien sommes-nous addicts aux médias de l’information et à quel point croyons-nous les, sans vérifier si ce qu’ils disent est vrai ? A quel point pouvons-nous offrir nos libertés pour un semblant de mis en ordre ? Comment l’état peut-il se jouer de nous ? Et est-ce qu’il est possible que certains régimes autoritaires prennent pouvoir dans nos pays démocratiques ? On ne peut pas nier une grande ressemblance avec les éléments actuels, et c’est en cela que je trouve ce film vraiment voyant d’un futur probable. Dernièrement, il y a une monté des extrémismes, un besoin accru des peuples à une sécurité en dépit de leurs libertés, une destruction des œuvres et de ses artistes mais aussi une réponse populaire où tous les citoyens d’un pays se sont manifestés sous une même et unique identité : Charlie est un symbole presque identique au symbole qu’a créé McTeige : V.

Le petit plus : C’est un film vraiment très sensible et qui posent de réelles questions sur l’identité, la conscience de ses actes (avec le personnage de la botaniste), l’état, les médias, et notre rôle dans tout ça…etc. Bref, l’on apprend des choses sur le monde et après l’avoir visionné, nous avons cette impression d’avoir évolué. C’est ce genre de film qui me touche un peu plus que les autres.

Le petit moins : Ce n’est qu’un petit point vraiment subjectif. Je n’aime pas particulièrement cette histoire d’amour rapide au final de ce film ; J’aimais beaucoup leur ambiguïté, le fait qu’il soit à la fois un mentor et quelqu’un à qui elle s’accroche, sans que leur relation ne soit réellement nommée. De cette façon il gagne en identité et perds sa dimension universelle. Si c’est intéressant de remettre le personnage comme humain dans son unicité, je trouve que le symbole en est un peu moins fort.

17 mars, 2015 à 19 h 04 min | Commentaires (0) | Permalien


CHAPPIE

CHAPPIE (Neill Blomkamp)

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=189702.html

Je qualifie ce film comme bon. Sincèrement, j’ai passé un très bon moment en le regardant, avant de l’avoir un peu plus analysé. En fait, il fait son boulot : c’est un film d’action qui a des scènes vraiment fortes, mais aussi des personnages assez charismatiques et un fil rouge intéressant. Certes, le scénario est assez simple, mais il est très bien manié et fait passer rapidement les deux heures de film. J’apprécie particulièrement le contexte de base, en fait, très proche de notre propre présent. Les prouesses techniques ont progressé et des robots policiers combattent le crime à Johannesburg. Un jeune ingénieur veut pousser ses créations toujours plus loin et imagine un robot doté d’une réelle conscience. Néanmoins son entreprise refuse qu’il aboutisse son projet (sous des excuses que je qualifie de bidon). Alors, il enfreint les règles et vole un de ses robots défaillant à qui (après quelques ennuis avec un petit gang de voyous) il donne la vie artificielle. C’est un sujet qui me plaît beaucoup, parce que j’imagine que la vie artificielle sera mise en place un jour, plus ou moins rapidement. J’apprécie l’idée de devoir lui apprendre, et d’imaginer le robot comme un enfant aux capacités plus développées. La période d’apprentissage, les peurs, les sentiments, son évolution etc… sont vraiment des scènes pertinentes. J’ai particulièrement été touchée par celle où Chappie, le robot, est envoyé dans le « vrai monde » et qu’il se fracasse littéralement contre le danger de celui-ci. Il apprend la douleur, et la peur, des apprentissages désagréable mais pour autant nécessaires à un développement. J’apprécie également qu’il n’y ait, dans un film qui s’adresse à mes yeux plus à un public d’adolescents que d’adultes, pas d’amour romantique mais seulement une dimension affective liée à la famille. Je pense que ce sont des liens particulièrement importants et ils sont assez bien développés (même si je doute toujours des talents d’actrice de Yo-Landi).

Néanmoins, on ne peut pas nier que c’est un film assez facile. Blomkamp n’a pas réinventé le style de l’action, il a inscrit son film dans la lignée des autres du genre (et de ses précédentes réalisations). Le scénario est assez simple en fait, l’on observe une rivalité entre un quarantenaire (vieux, dépassé) et un jeune ingénieur (brillant, courageux etc..). Il y a une série de péripéties, des scènes amusantes où le robot apprend des expressions de la rue… Il y a également quelques personnages et scènes que je qualifie d’inutiles (comme le personnage de king, ou quelques des premiers crimes de Chappie). Blomkamp utilise également des fausses images de presse vidéo et la vision du robot, des effets visuels qui marchent toujours, mais qui ne sont pas originaux pour un sou. Je suppose aussi que l’unique scène sanglante où America, un membre du groupe, est littéralement déchiré en deux, n’était pas tellement nécessaire. Les images ne sont pas laides, mais ne sont pas non plus superbes, et l’on image que la recherche du plastique n’a pas été le leitmotiv du réalisateur. Néanmoins, elles sont elles aussi assez pertinentes et les effets spéciaux sont assez réussis (notamment les textures de Chappie – et peut-être un peu moins les flammes et explosions).

En soi, c’est un film qui marche bien, mais qui n’innove pas. L’on ne vient pas le voir pour observer une réalisation ou un scénario qui change, ni très intellectualisé. Néanmoins, Chappie ne manque pas de sensibilité.

Mes petits plus : - La bande originale est quasiment uniquement occupée par le groupe Die Antwoord (dans lequel jouent deux des acteurs principaux de Chappie : Ninja et Yo-landi). J’aime énormément ce groupe et je trouve que leurs musiques rythmées donnent un certain charisme à certaines scènes. Et je ne cache pas mon plaisir de pouvoir chantonner des chansons que j’appréciais avant de voir ce film.

- Les couleurs pastelles des armes et des décorations du QG du gang des personnages principaux. Elles apportent une certaine plasticité aux images assez plates du film.

Mon petit moins : - Yo-Landi, beaucoup trop visible. Même si son rôle de mère est important dans le développement de Chappie, je suppose qu’elle est parfois de trop, et que son jeu n’est pas très fort. Je ne sais pas si c’est parce que la voix française ne colle pas avec la voix originelle de l’actrice, ou si elle doit se contenter d’être chanteuse.

12 mars, 2015 à 19 h 10 min | Commentaires (0) | Permalien


BIRDMAN

 

BIRDMAN ( de Alejandro González Iñárritu )

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( http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=216633.html , pour le synopsis ) 

Continuons dans la lignée des films oscarisés. J’attendais Birdman depuis très longtemps (en fait, depuis que sa bande annonce avait été diffusée) et il ne m’a pas déçu du tout. Il y a un tas d’éléments qui nous font entrer dans le film et nous font vivre l’aventure du personnage joué par Keaton. La mise en scène en plans séquence est très intéressante, parce qu’il n’y a aucune division entre réalité et fantastique, intimité et spectacle, spectateur et film. Tout d’abord, j’ai particulièrement apprécié les plans où l’on suit les personnages par l’arrière lorsqu’ils cheminent dans le théâtre. On a l’impression de faire partie de la scène, d’être entraîné dans le périple, et c’est vraiment très agréable, très intimiste. Il y a une scène où j’ai été très particulièrement touchée par cet effet, celle où l’on suit Sam (Emma Stone) et que l’on entend derrière nous les pas de Mike (Edward Norton). La bande son est également très intéressante : elle joue avec une batterie jazz soliste et des musiques classiques. En fait, elles ont un lien direct avec l’état dans lequel se retrouve Riggan (Michael Keaton) : lorsque la batterie s’affole, son esprit est brouillé et son humeur désagréable et lorsque l’on joue des morceaux harmoniques il est heureux et lâche-prise sur les difficultés de sa vie. C’est un effet assez simple et classique du cinéma, néanmoins, il marche très particulièrement dans ce film. Nous pouvons également noter la beauté des plans et de la photographie, ainsi que des jeux d’acteurs sublimes. Keaton a un rôle qui lui semble cousu sur mesure. En effet, il est ironique pour l’ancien acteur de Batman (un peu disparu des podiums depuis) de jouer un comédien déchu après un grand rôle de super héros.

Sans la dévoiler, la fin est particulièrement agréable parce que laisse une grande liberté d’interprétation : la magie et le réel se mélange finalement et c’est au spectateur de dénouer les indices pour comprendre ce qui peut s’être passé.

Finalement, c’est un film que je considère comme vraiment très bon. La réalisation, le scénario, le casting et le jeu des acteurs sont tout simplement très bons. L’on sort de la séance avec pleins de question, troublés, et en même temps, en ayant l’impression d’avoir compris quelque chose. Peut-être la force destructive d’une envie démesurée de reconnaissance .

5 mars, 2015 à 16 h 32 min | Commentaires (0) | Permalien


SNOWPIERCER

THE SNOWPIERCER ( De Joon-ho Bong )

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( http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=123530.html )

Je n’attendais pas à quelque chose d’extraordinaire de ce film. Je suis peu attirée par les histoires post-apocalyptiques ou un héros/leader réussi des exploits impossibles pour ses compagnons avec une force surhumaine. C’est pour cette raison (entre autres), que je ne suis pas une aficionado des films contre-utopiques adolescent récents comme Hunger Games ou Le Labyrinthe. Pourtant, j’aimais assez le casting et l’idée de base. En effet, je suppose que le huis-clos et ses multiples catégories sociales étaient très intéressants. Il y avait un vrai parallèle et un vrai jouer qui pouvait se développer entre la vie des riches et ceux des pauvres (tout ça dans le même appareil). Mais j’ai été un peu frustrée du peu d’importance qu’ont les autres salles, outre celle des « pauvres » et celle du créateur. Je suis alors frustrée d’un scénario très simple avec des rôles très stéréotypés : le grand gentil (Chris Evans – Curtis) , l’adjuvant à l’histoire compliquée et tragique (Jamie Bell- Edgar ), la femme venant du haut qui se soumet pour sa vie quitte à trahir celui pour qui elle a toujours été fidèle (Tilda Swinton – Mason), le grand créateur, cynique et méchant (Ed Harris – Wilford). Pourtant quelques personnages sont assez intéressants, comme le couple de coréens (dont l’acteur Kang-ho Song, que j’apprécie particulièrement), dont j’aurai aimé plus savoir. En fait, c’est un film avec plusieurs points très intéressants mais qui, au final, n’ont été traités que d’une façon très lisse et assez simple. C’est dommage ?

Néanmoins, j’ai aimé les dernières scènes, et la rencontre assez particulière entre les deux enfants du train et l’ours polaire. Elle remet la dimension animale en question ? Qu’est-ce que l’humain qu’un animal très évolué ? Comment cette évolution a pu causer sa propre perte ? (en créant des solutions à une catastrophe écologique qu’il a lui-même provoqué ?) Et surtout, comment la nature a repris son pied sur cette humanité déchue ? – C’est dommage par ailleurs qu’elles ne soient pas été un axe un tant soit peu plus importante du film ? Mais on aurait aussi perdu dans le huis-clos originel.. Alors je suppose que c’était une fin adéquate qui rend l’expérience de ce film plus appréciable dans son ensemble.

Je note quand même que les images sont assez agréables, et que le montage est assez concluant pour un film d’action : il donne un certain rythme au film, appréciable. Les effets spéciaux ne sont pas époustouflants, magnifiques ou bluffant néanmoins très agréables et efficaces. Alors, je ne peux pas nier leur pertinence dans ce film (je pense notamment à l’extérieur du train, que l’on voit à travers les fenêtres et à la dernière scène). Le maquillage, les costumes et les décors sont également très sympathiques, et l’on s’y imagine très bien. J’ai particulièrement apprécié les salles de culture et les faux bio systèmes (quoi que je sois assez sceptique quant à la viande, alors que nous n’avons pas vu du tout le bétail…). Les images sont également très esthétiques  notamment les monochromes de gris/marrons durant les scènes aux derniers wagons parallèlement aux couleurs très chatoyantes des wagons supérieurs.

Pour conclure, ce n’est pas un film que j’ai tout à fait apprécié. En fait, j’ai l’impression que le réalisateur a voulu vraiment axer son film sur trop de scènes d’actions et a omit d’approfondir des points de son scénario pourtant intéressants. Dommage !

26 février, 2015 à 17 h 54 min | Commentaires (0) | Permalien


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