Et qu'est-ce que j'en pense ?

V FOR VENDETTA

V for Vendetta de James McTeige

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(http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=58911.html)

Il va être assez difficile pour moi de faire une critique constructive – ou du moins, avec une partie négative – sur ce film, tant j’ai été époustouflée. Après le visionnage, j’ai vraiment eu l’impression de m’être pris une grosse baffe ! Un certain nombre de scènes sont très fortes en émotion. Celle qui m’a le plus touchée est celle où le personnage féminin principal, Evey (jouée par Natalie Portman), est enfermé dans une prison et est torturée. Elle y trouve un bout de papier où il est écrit l’histoire d’une femme qui avait croupi dans la cellule avant elle. C’est à la fois l’histoire troublante de cette femme et le fait qu’Evey se raccroche à la réalité par ce petit bout de papier pour ne pas perdre ses esprits et son courage qui m’ont touché. J’ai trouvé le message vraiment puissant, et les images le rendent bien.

J’ai été tellement porté par ce film que j’ai oublié de m’attarder sur la réalisation même des scènes. Néanmoins, j’ai essayé de me souvenir de quelques éléments que j’ai trouvés particulièrement intéressants (néanmoins, ce n’est qu’un échantillon). Tout d’abord, les éléments de quelques décors m’a intéressé. S’ils semblent assez basiques : ce ne sont que des maisons et appartements pour la plupart – je trouve que la présence sacralisée des objets est intéressante. En fait, dans ce régime politique, l’art est banalisé et les œuvres interdites. Alors, il y a deux personnages qui gardent les objets dans des lieux cachés : V et Gordon. L’on vient alors à nous poser des questions sur les objets qui sont maintenant pour nous des lieux communs : nous sommes certains que l’art restera dans le temps, dans les musées, et tout le monde n’y porte (malheureusement ?) pas une grande attention. Mais si les œuvres venaient à disparaitre, quelle serait nous, notre réaction à ça ?

Les dialogues sont vraiment très marquants, il y a une grande quantité de punchlines maîtrisées où chaque mot compte. Tout le scénario est d’ailleurs bien construit. Le film traduit d’une ambiance sombre qui ne manque pourtant pas d’humour, de force et de poésie : elle passe par tellement de sentiments que l’on ne peut nier la dimension très sensible de l’œuvre.  Je trouve qu’il diffère beaucoup des autres réalisations, j’ai presque l’impression que ce film est unique. Je remarque tout de même un certain écho (si ce n’est une référence ?) au film et libre « 1984 » qui abordait également une critique d’une révolution politique. Néanmoins, V pour Vendetta est un film beaucoup plus abordable et beaucoup moins « perché » que l’est « 1984 », que j’avais pourtant vraiment apprécié.

McTeige a vraiment bien dirigé ses acteurs, ils sont tous très bons et leur jeu est pertinent. Comme dans un roman d’apprentissage, ils traduisent parfaitement des évolutions des personnages. C’est d’autant plus flagrant pour les deux personnages principaux : quand V apprend l’amour (et qu’il devient plus sensible et moins égoiste), Evey apprend à vivre sans la peur. Alors, il nous semble nous-même apprendre quelque chose et évoluer. Nous nous posons des questions sur nos personnes, sur les médias, sur notre crédulité, sur notre possibilité à nous révolter etc… Par ailleurs, j’ai vraiment apprécié comment le personnage du président a été abordé. L’on ne le voit presque jamais en vrai, mais toujours à travers des écrans ou des images d’archives. Derrière ces deux médiums, il apparait comme beaucoup plus grand, fort et puissant qu’il ne l’est en fait vraiment : et c’est justement l’écran qui lui donne cette puissance et cette froideur sur son peuple (est-ce un écho à Big Brother ?). L’on ne le voit que dans la scène où V le tue. Il est en fait tout  petit, tout faible, et sa mort est rapide et presque anecdotique. Pourtant, c’était l’homme qui effrayait tout le monde et faisait régner la terreur : le pouvoir serait alors faible, et fabulerait sur sa propre puissance.

La symbolique du masque est très pertinente, en fait, V n’est pas un vrai homme, mais il est la personnification même de la révolution. Ce n’est pas un personnage dont on peut retirer un caractère, ni un visage, il ne se représente que sous un visuel que tout le monde portera le jour de la révolution. De ce fait, il n’est pas unique, mais il et tout le monde : notre père, notre frère, nous-mêmes… Ce que dit la botaniste au sujet de la personne m’a particulièrement frappé. C’est un homme qui n’a pas d’œil (alors il n’est pas vraiment humain), mais qui regarde (donc qui peut juger). Je trouve ce masque donc très important et vraiment très fort en signification. Si fort qu’il a été repris ensuite par les Anonymous, un groupe internet qui visent à se révolter par l’internet.

Ce film parle de notre futur proche, mais aussi de notre présent : combien sommes-nous addicts aux médias de l’information et à quel point croyons-nous les, sans vérifier si ce qu’ils disent est vrai ? A quel point pouvons-nous offrir nos libertés pour un semblant de mis en ordre ? Comment l’état peut-il se jouer de nous ? Et est-ce qu’il est possible que certains régimes autoritaires prennent pouvoir dans nos pays démocratiques ? On ne peut pas nier une grande ressemblance avec les éléments actuels, et c’est en cela que je trouve ce film vraiment voyant d’un futur probable. Dernièrement, il y a une monté des extrémismes, un besoin accru des peuples à une sécurité en dépit de leurs libertés, une destruction des œuvres et de ses artistes mais aussi une réponse populaire où tous les citoyens d’un pays se sont manifestés sous une même et unique identité : Charlie est un symbole presque identique au symbole qu’a créé McTeige : V.

Le petit plus : C’est un film vraiment très sensible et qui posent de réelles questions sur l’identité, la conscience de ses actes (avec le personnage de la botaniste), l’état, les médias, et notre rôle dans tout ça…etc. Bref, l’on apprend des choses sur le monde et après l’avoir visionné, nous avons cette impression d’avoir évolué. C’est ce genre de film qui me touche un peu plus que les autres.

Le petit moins : Ce n’est qu’un petit point vraiment subjectif. Je n’aime pas particulièrement cette histoire d’amour rapide au final de ce film ; J’aimais beaucoup leur ambiguïté, le fait qu’il soit à la fois un mentor et quelqu’un à qui elle s’accroche, sans que leur relation ne soit réellement nommée. De cette façon il gagne en identité et perds sa dimension universelle. Si c’est intéressant de remettre le personnage comme humain dans son unicité, je trouve que le symbole en est un peu moins fort.

17 mars, 2015 à 19 h 04 min


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