Et qu'est-ce que j'en pense ?

UN HOMME IDEAL

Un homme idéal ( Yann Gozlan )

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=227602.html
 

J’ai profité du printemps du cinéma pour aller voir ce film, qui me faisait vraiment de l’œil depuis la sortie de la bande annonce. L’univers sombre et fort qu’elle dégageait m’avait vraiment intriguée, et en sortant de la séance, je n’ai pas été déçue du tout. C’est un film vraiment sensible, et troublant, duquel on ne peut définitivement pas sortir insensible, et qui nous donne un sorte de goût de souffrance au palais.

Ce film illustre la vie d’un jeune auteur, qui a volé l’histoire d’un homme décédé, ayant rédigé ses mémoires de la guerre d’Algérie. Ce livre a un énorme succès et le jeune homme est victime d’une vie magnifique : un succès monstre, une petite-amie magnifique et riche, une demande toujours plus forte de la sortie de son second roman, après 3 ans d’avances de la part de son éditeur. Mais ce bonheur n’est qu’une illusion qui illustre justement l’effet entonnoir de la peur et de la douleur : sa vie est rédigée sur un énorme mensonge, qui se traîne dans une multitude de petits autres. Il ment sans cesse à son entourage : à son beau-père, à son éditeur, à sa fiancée, et à chaque fois, l’on constate leur crédulité face à notre connaissance de la vérité. La vie de l’auteur tourne sans arrêt dans un vrai cercle vicieux : il dit un mensonge, qui en entraîne un plus grave, puis un pire etc… au point qu’il ne puisse plus gérer sa propre vie et qu’il est contraint à un sincère désespoir, contagieux.

Ne le nions pas, le gros point positif du film, c’est l’acteur principal : Pierre Niney, anciennement de la comédie française. C’est un acteur que je trouve vraiment très doué. Il a un talent monstre pour communiquer les sentiments. Je constate qu’il interprète à la perfection les rôles d’artistes un peu perdus dans leur existence et dans leur succès (et j’espère que ce n’est pas des sortes d’autobiographies).  Étonnement, les scènes où il m’a le plus marqué ce sont les nombreux gros plans fixes, où il observe le spectateur à travers la caméra : son regard transperce littéralement, il est tellement expressif et tellement bon que, par ce simple regard, on comprend absolument toute la détresse du personnage, et combien il s’enfonce dans cette détresse au fur et à mesure de l’histoire. Ces scènes sont vraiment très fréquentes et assez longues, ce qui permet à la fois de vraiment lier le spectateur au personnage, et d’instaurer une relation de confiance, mais aussi de faire monter la tension.

En effet, c’est un film avec une tension vraiment très marquées. C’est marqué par deux éléments particulièrement. Tout d’abord, la bande son est assez discrète, il y a peu de scènes avec un son musical, et la plupart du temps, il n’y a qu’un fond sonore ou un silence assez trouble. De plus, il n’y a pas un montage très rapide, les plans sont longs et l’on reste longtemps dans des paysages à la fois déserts et vastes. Cette impression d’infinité et de silence me semble nous perdre encore plus, et nous enfonce toujours dans le cerveau du personnage, qui est confronté à une page blanche et un stress abominables. Par ailleurs, alors qu’il écrit son dernier roman, et qu’il a trouvé l’inspiration, l’on observe un montage beaucoup plus rapide et dynamique, qui communique de son propre enthousiasme et qui donne l’impression que tout va mieux dans le meilleur des mondes.

Il y a un grand nombre de scènes qui m’ont marquées, certaines sont très symboliques, d’autres plus violentes. Je vais m’arrêter sur quatre différentes. Tout d’abord, je ne m’attendais pas à une telle violence à la fin du long métrage, alors que Mathieu, l’auteur, vient s’écraser contre un rocher, avec la BMW de son beau-père, entraînant avec lui la mort de la personne qui lui faisait du chantage et qui connaissait la vérité sur la rédaction de son premier roman. D’une certaine manière, je savais qu’il allait l’écraser, parce que la scène faisait écho à deux autres précédentes, néanmoins, le noir, l’explosion, les images rapides, et le bruit sourd, tout ça n’a pas pu m’empêcher d’un petit sursaut. Mais cette violence était pour moi nécessaire. C’était la fin de la brutalité et le coup qui terminait cette vie de mensonges. Ou qui justement l’enfonçait dans son plus gros mensonge : faire croire à sa mort, en profitant du corps de l’autre homme, brûlé dans l’accident.

Parce que l’auteur, une fois l’accident terminé, et l’homme mort, met feu à la BMW de son beau-père. Et c’est une scène très symbolique que j’ai vraiment appréciée. Je pense qu’elle peut sembler assez simple, mais elle était efficace dans son propos. En brûlant la voiture, Mathieu marque une séparation entre le bonheur d’une richesse illusoire pour retourner à une vie misérable et cachée. La voiture, c’est toute sa réussite sociale, quand elle part en cendre, c’est sa propre vie qui disparaît.

Encore avec les voitures (décidément…), il y a une scène où Mathieu met en scène son propre vol de voiture, dans les bois. Alors qu’il est dans la voiture, il semble enfermé : le cadre le met au centre, écrasé par le capot, les vitres et le parebrise. C’est comme dans son esprit : il ne peut plus en sortir, il ne peut plus faire demi-tour, pour s’en sortir, il ne peut plus rien faire que de mentir encore plus. Cette scène marque un tournant dans sa vie. C’est quand il sort des petits mensonges pour ceux qui vont à l’encontre de la loi et dont plusieurs autres vont suivre. Quand il se frappe contre les vitres, c’est exactement ce qui s’annonce à lui : cette violence, dont il ne voulait pas à la base, va devenir son seul échappatoire.

Et finalement, la dernière scène, qui en fait n’en est pas vraiment une mais deux.  Le personnage rencontre à un moment le cadavre d’un oiseau qui se fait dévorer alors qu’il va jeter le corps de l’ami de sa fiancée, qu’il a tué, dans une précipitation dont même lui n’avait pas anticipé. Cette fois, l’oiseau a la panse ouverte et dévorée, mort tout comme le cadavre qu’il prend dans ses mains. Plus tard dans le film, il revient à ce même endroit, beaucoup plus heureux, et ses démons ont tous disparus. Et alors, il rencontre de nouveau cet oiseau, la panse ouverte tout pareil : rien n’a changé, et le cadavre n’a pas disparu. C’est alors là que l’on comprend que le corps de l’homme qu’il a tué et noyé n’a pas non plus disparu.

Je précise que ce sont des analyses tout à fait personnelles, et que si je les ai comprise de cette manière, elles ne sont pas véridiques et je ne peux pas donner ma main à couper que ce sont les intentions premières du réalisateur que de communiquer ceci. Néanmoins, cette liberté d’interprétation m’a beaucoup plu,  l’on ne prend pas le spectateur pour un imbécile : l’on lui donne des indices et c’est à lui de les mettre ensemble pour reconstituer le puzzle. De ce fait, l’on ne traîne pas sur des explications qui peuvent briser le poétisme du film.

En somme, c’est un très bon film, qui s’axe sur toute la psychologie d’un personnage. Les silences, les regards, les images magnifiquement cadrées et la « photo » sublime participent tous à la création de ce long métrage bouleversant, troublant, et très sensible. C’est ce genre de cinéma que l’on dit souvent comme élitiste, mais qui je suppose, est beaucoup plus facile d’accès que l’on n’ose le dire. Ce n’est pas parce qu’il y a peu de dialogues et beaucoup de silences, que le spectateur ne peut pas ressentir et comprendre les émotions. Et pourtant, qu’est-ce que le cinéma si ce n’est une moyen d’offrir et de communiquer de sentiments  forts, et de découvrir ceux que l’on n’oserait jamais ressentir ?

24 mars, 2015 à 19 h 45 min


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