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LE COCHON DE GAZA

LE COCHON DE GAZA  - Sylvain Estibal

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=187194.html

Ce soir, j’ai regardé « Le cochon de Gaza », qui était passé il y a peu de temps sur arte et que l’on avait enregistré à l’occasion. J’avais eu un peu de réticences à voir ce film, parce que ce conflit est très compliqué, et que j’avais peur d’avoir un film très mélodramatique, mais j’ai été vraiment agréablement surprise. Ce film est d’une beauté !

Le personnage joué par Sasson Gabai est un pêcheur musulman et miséreux qui vit à Gaza. Un jour, il attrape dans ses filets un porc. D’abord effrayé par ce cochon, à cause de sa religion qui lui interdit tout contact avec, il va tenter de s’en débarrasser par tous les moyens. Mais, invendable, il l’utilise finalement pour faire du commerce avec une jeune femme juive. Il va cacher ce trafic jusqu’à qu’un enfant le voit et, innocemment et sans aucune mauvaise pensée, le dénonce aux autorités locales. Le pêcheur est alors enrôlé de force dans son djihâd et doit faire un attentat explosif contre la communauté dans laquelle vit la femme avec laquelle il fait du commerce.

C’est une histoire triste : la vie de cet homme est mauvaise, et il enchaîne problèmes après problèmes, sans jamais les avoir demandés. Mais ces situations sont extrêmement drôles, et c’est en ça que je trouve que ce film est une pépite. Quoi qu’il lui arrive, il trouve toujours une solution pour en découdre. Par exemple à un moment du film, il doit transporter le porc jusqu’à la colonie juive. Il ne sait comment s’y prendre et finalement se retrouve à construire une charrette avec des déchets de machine à laver. Une autre fois, un policier lui demande de payer le péage pour passer la route jusque la colonie et avale le sperme de cochon que le pêcheur présentait comme un médicament pour les rhumatismes, etc… Je le raconte sûrement très mal, mais c’est un humour très fin, finement dosé, qui joue avec l’innocence du personnage. Parce que là est toute la tragédie (en plus de la situation qu’est la situation actuelle en Palestine) : l’homme n’a jamais rien fait, jamais rien demandé, il ne déteste pas particulièrement les juifs, il veut juste être un bon mari, un bon pêcheur, une bonne personne ; mais le contexte le lui empêche simplement. Sa vie ressemble à un méli-mélo de n’importe quoi, incontrôlable, sans cesse en mouvement et tendu, absurde : comme l’image que le réalisateur veut nous donner du conflit.

Et il le communique très bien, l’on voit tous les extrémismes religieux, toute la bêtise des deux camps, par exemple lorsque les troupes armées d’Israël viennent à parler aux troupes palestiniennes au sujet du porc en chasse, et que l’on se rend compte que leur conversation n’est que choses insensées où chacun prend l’autre pour un imbécile, alors que les deux le sont. Les policiers, l’ami du pêcheur, les islamistes intégristes, et même les habitants : ils sont tous en fait des antipersonnages que l’on vient à trouver ridicules. J’ai particulièrement aimé la scène ou le pêcheur rencontre un enfant, alors qu’il essaie de fuir un intégriste qui veut le tuer, parce qu’il n’est pas mort dans son attentat-suicide, qui lui dit vouloir devenir comme lui, un martyr. On palpe là toute l’absurdité : lui, il n’a jamais voulu être martyr, il ne voulait pas mourir, sa famille ne voulait pas le voir mourir, mais pourtant, il aspire les autres personnes à le vouloir. Naturellement, et encore une fois d’une manière très drôle, il lui répond simplement par une claque, qui exprime toute sa révolte contre ce qu’il subit. C’est le seul moment où on le voit vraiment se lever contre ce système qu’il subit : j’ai trouvé ce geste assez fort, parce qu’il symbolise le fait qu’il se brise totalement de ce monde extrémiste, qui de toute façon, n’a jamais été bon pour lui.

J’ai également beaucoup apprécié la fin du film, ou plutôt, son ouverture. On voit le pêcheur et sa femme ainsi que la jeune éleveuse de cochon et un garçon juif fuir cette terre qui ne veut plus d’eux, et prendre le large en barque. Ils se disputent sur le bateau pour une blague stupide, et derrière, une voix-off dit que cette nuit (donc la nuit où ils voguent sur l’eau), ressemble à leur futur. D’une certaine manière, l’on peut l’imaginer comme une évocation de ce qui se passe encore réellement : d’un conflit qui continue sans cesse, alors qu’il est absurde. Mais ensuite, ils se réveillent tous les 4 sur la terre, devant un homme asiatique, auquel ils offrent une branche d’olivier. L’olivier étant un symbole de paix, ils offrent en fait la paix à cette personne. Celui-ci (qui est en fait un bénévole de la croix rouge), les emmène dans un village, où l’on retrouve les musulmans et les juifs ensembles, comme réunis dans une nouvelle terre. Je pense sincèrement que c’est un fantasme des quatre. Dans le bateau, j’imagine qu’ils sont morts ou qu’ils sont très mal en point, et que cette nouvelle terre est en fait leur paradis, ce qu’ils voulaient voir de leur vivant, ce qui les rend heureux : la paix et l’amour entre les deux peuples.

Il  y a régulièrement des symboles qui renvoient à ces notions de paix et d’amour. Tout d’abord, le grand olivier de la femme du pêcheur. Comme je l’ai dit plus haut, l’olivier est un symbole de paix. La femme y tenait beaucoup, mais on avait appris plus tôt que s’il y avait un conflit entre le village musulman et la colonie juive, l’arbre serait coupé. Et en effet, un enfant musulman a été tué (on ne sait pas vraiment dans quelles circonstances, mais il jetait régulièrement des pierres sur le mur séparant les deux terres), et l’arbre a été coupé. Ce symbole de paix, pourtant grand et majestueux a été simplement brisé : et c’est à ce moment où la guerre entre la colonie et le village a été vraiment proclamée, annonçant alors la suite, et l’attentat suicide.

Mais il y a également un autre symbole : le feuilleton télévisé brésilien. Il y illustre l’histoire d’un couple qui s’est disputé et qui n’arrive pas à se réconcilier. Ils ne font que se disputer, encore et encore. Un des militaires qui vivent sur le toit de la maison du pêcheur vient régulièrement voir le feuilleton avec la femme. Par leurs discussions, on peut clairement voir la femme et l’homme comme des personnifications, à la fois du couple que font la femme et son pêcheur, mais surtout, d’Israël et de la Palestine. En effet, les deux se battent sans cesse, alors qu’ils ne sont en fait à la base qu’un couple. Finalement, le soldat va dire à la femme comment se finit le feuilleton : le couple se réconcilie, observant l’absurdité de leurs disputes, et il demande pourquoi ce ne serait pas identique pour eux. La fin du feuilleton prépare alors à la fin du film et à ce paradis de paix. J’aime vraiment beaucoup ces symboliques.

L’image est également très belle : elle semble d’abord très brute, comme les matériaux qui la constituent, comme la terre, comme la vie que le pêcheur mène. Mais en fait, elle est très belle, très délicate, et dévoile une palette de couleur qui varie en fonction du sentiment du personnage. Quand il est heureux, c’est chaude et lumineux ; quand il sent le danger, la palette est sombre et grise. J’aime beaucoup ce procédé qui nous met directement dans la tête du personnage principal et qui nous permet de voir le monde de la même façon que lui, avec une même candeur.

Pour conclure, c’est un film que j’ai trouvé très abouti, et très fort, qui sert parfaitement son propos. Je ne veux pas prendre parti ici sur ce conflit religieux, et je ne pense pas non plus que ce soit le but du réalisateur. Il n’y a pas de gentille religion, ni de méchante, simplement de l’absurdité. L’on voit tout le long du film l’absurdité même du conflit, et les rouages qui l’entraînent à ne jamais se terminer, que dans un fantasme, qui peut-être pourrait être une réalité ?

LE PLUS : Le jeu des acteurs est simplement merveilleux : l’on ressent toute la complexité du conflit, toute la douleur, de la candeur, mais aussi des mimiques attachantes et un humour franc. Les acteurs ont réussi à rendre leurs personnages vraiment réalistes, mais aussi humains, et vrais. C’est vraiment le point le plus important, pour moi, dans ce film. Toutes les émotions qu’ils dégagent sont tellement vraies, que l’on ne peut qu’être intimement touché, même si nous ne sommes ni musulman, ni juif.

LE MOINS : Je ne sais pas vraiment que lui reprocher, parce que j’ai vraiment beaucoup apprécié ce film, que j’ai pensé très abouti. Alors je laisse cette partie, pour une fois, absolument vite d’arguments.

12 avril, 2015 à 23 h 07 min


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