Et qu'est-ce que j'en pense ?

LE LABYRINTHE DU SILENCE

( Le labyrinthe du silence – Giulio Ricciarelli )

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=224215.html

Je profite d’un peu de temps libre pour vous mettre à jour sur mes dernières séances : La tête haute, Lost River, La loi du marché…. Le cinéma (grâce à Cannes ?) est dernièrement rempli de longs métrages qui me donnent l’eau à la bouche. Néanmoins, maintenant, j’aimerai vous parler du Labyrinthe du silence, de l’allemand Giulio Ricciarelli. Ce film est très simple, je pourrais presque dire académique. L’on remarque très rapidement que le réalisateur ne propose pas une mise en scène originale, les plans sont très basiques, mais c’est sûrement pour ramener le propos à l’histoire uniquement. En effet, ce film raconte l’histoire vraie (d’une certaine manière, comme un biopic arrangé ?) du procès de Francfort de ses premières enquêtes à son ouverture. L’on suit durant tout ce film la vision d’un très jeune procureur très attaché aux idées de justice et d’égalité de tous auprès de la loi.

 

Par ailleurs, le film s’ouvre avec une scène de procès mineur, sur l’affaire d’une jeune demoiselle ayant conduit, si je me souviens bien, en excès de vitesse. Le personnage principal y est présenté comme quelqu’un de strict : alors que l’on imaginait qu’il allait réduire l’amende comme la jeune femme le demandais (parce qu’elle n’avait pas assez d’argent sur elle), il ne lui fait aucune réduction. L’on voit alors cet homme comme une personne assez froide, avec assez peu de sentiment, et définitivement pas « parfait », comme aurait pu l’être un héros lambda. Cette relation assez froide que l’on met en place avec le personnage principal évolue au fil du film, ce que j’apprécie assez. Dans un premier temps, l’on le voit uniquement comme un homme juste, presque obsédé même par ses idées justicières et assez carré dans son propos (il ne pleure même pas lorsque les victimes d’Auschwitz témoignent de l’horreur de leur incarcération), mais petit à petit on entre dans ses failles, jusqu’au point final ou – sans vous dévoiler la fin – il semble être tombé au plus bas de lui-même.

 

Bref, je reviens à l’histoire. Pour ceux qui ne le savent pas, le procès de Francfort est le procès où les nazis allemands ayant « travaillé » à Auschwitz. C’est un tournant de l’histoire allemande très importante. En effet, ce procès marquait le début de la pénalisation en Allemagne des crimes de guerre réalisés par les allemands eux-mêmes. De mon point de vue de spectateur français, ce film est alors très intéressant : je ne connaissais pas ces mémoires de la guerre, celles du côté allemand. J’ai trouvé intéressant ce témoignage d’une Allemagne qui essaie de se souvenir de sa propre histoire (et donc, de c’extirper de ce labyrinthe du silence – celui dans lequel il faut faire attention « de ne pas se perdre », comme conseillait le procureur en chef à Johann, le personnage principal. J’ai été assez intéressée aussi lorsque tout tourne dans la confusion : qui est un bourreau, qui est une victime ? Sans trop vous spoiler, des personnages attachants se dévoilent en fait comme des anciens nazis, des héros d’enfance, des amis, des personnages en qui Johann avait du respect etc… Ce qui mène à faire réfléchir : qu’est-ce qui était la brutalité et l’horreur, qui étaient les « méchants », pourquoi ? Si ce sont des réponses auxquelles nous apprenons les réponses maintenant en cours, voir Johann essayer de les comprendre est assez touchant est fort.

 

Par ailleurs, dès le début, l’on nous apprend que les camps d’exterminations étaient inconnus pour les jeunes allemands. Le nom « Auschwitz » est apparenté à un camp de travail quand il n’est pas inconnu. De ce fait, l’on ignore l’horreur et l’on ne comprend (enfin, plutôt, les personnages que le spectateur) pas pourquoi il faudrait faire un procès contre une personne ayant fait son service de soldat allemand là-bas. Il y a alors une sorte de tournant lorsque Johann apprend la vérité (non pas sans mal, il n’y avait même pas de document sur cet évènement dans les bibliothèques). Nous avons alors à la fois un décalage significatif entre son ignorance et notre connaissance : nous pouvons être choqués, étonnés, et en même temps une certaine cohésion avec le personnage : d’une certaine manière, nous découvrons la réalité avec lui.

 

J’ai trouvé intéressant de voir dans un premier temps les anciens nazis comme des personnes tout à fait normales : l’homme boulanger, qui offre un pain à une jeune fille, un autre professeur et finalement le médecin (dont Johann est obsédé) qui est décrit comme affreusement sympathique. L’on rappelle que le plus horrible dans cette période de l’histoire est la banalité du mal. Mais, vers la fin du film, cette vision très polissée des nazis est effacée par une série de plans fixes sur le visage des bourreaux arrêtés. Ces plans fixes donnent une impression (peut-être inconsciente) de regarder les personnes dans les yeux et d’en ressentir une certaine crainte ou du moins, un certain dégoût.

 

Je finirai finalement en pointant du doigt une scène (qui s’est répétée deux fois), que j’ai vraiment peu aimé : celle du rêve de Johann, où il suit le docteur Mengele. Il dévoile certes l’obsession du personnage pour le bourreau, mais je ne trouve pas qu’elle était nécessaire. D’abord, c’est un plan facile, voir cliché : le décor avec les pots remplis d’organes, sombre, bref, une image que l’on a vu des centaines de fois. Puis, je pense qu’il y a un vrai manque d’originalité qui cette fois, pèse en mal pour le film, dans le choix de cette scène. Le rêve est une façon très très simple de montrer une obsession, surtout que l’on avait déjà remarqué celle-ci à travers d’autres indices : il en parle beaucoup, a sa photo au-dessus de son lit, abandonne des enquêtes pour le trouver etc… Donc des scènes vraiment de trop, pour moi.

 

Ce film est donc un film assez touchant, qui ne part pourtant jamais dans un gros flot de sentiment, ce qui est assez agréable. Il remplit bien son « job », qui est de raconter et de mettre en images la vie des procureurs en charge de l’affaire et de les surélever à l’état de héros. Néanmoins peut être que l’académisme donne un côté un peu froid au film et donne l’impression au visionneur d’être plus spectateur que participant du film. En fait, je me suis régulièrement ressentie à l’extérieur du long-métrage, alors que j’ai régulièrement l’envie de me faire engloutir par le film que je regarde.

 

25 mai, 2015 à 12 h 09 min


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